DAZIBAO BXL / mon vote ?

par Habitants des images, écriture, performance, photographie, octobre 2018

Statut : Projet mené par Habitants des images, coordonné par Adèle Jacot et Mélanie Peduzzi.
PartenairesPlateforme citoyenne d’aide au réfugiés, festival What’s up Brussels ?
Soutien : Projet soutenu par la Fédération-Wallonie Bruxelles, dans le cadre de la Promotion de la Citoyenneté et de l’Interculturalité.

DAZIBAO BXL est un projet que nous menons depuis 2015 et que nous avons déjà exposé à BOZAR dans le cadre de Nexte Generation Please, ainsi qu’aux Halles Saint-Géry. Ce sont des mises en scène collectives réalisées avec des jeunes de Bruxelles sur des sujets de société importants pour eux (immigration, identité, héritage, intégration, sexisme, etc.). Ces photos collectives sont appuyées par des slogans et imprimées sur des grandes bâches 1,5×2 mètres environ.

Nous allons profiter du contexte des élections en mai pour faire un focus sur ces revendications portées par les jeunes bruxellois. 12 bâches seront réalisées avec 6 groupes de jeunes. Faire une image collective c’est l’occasion de se demander  ‘Qui peut nous représenter ?’ ‘Comment se faire représenter ?’ Et aussi de parler du collectif dans une société individualiste, de parler du citoyen dans un monde globalisé.

Un événement sera organisé à la Place de la Monnaie pour exposer les photographies/affiches dans l’espace public. Des débats/rencontres/moment festif seront alors organisés pour réunir tous les jeunes ayant participé ainsi qu’interpeller les passants, les médias et les politiques.

 

 

Appel à figurants de la part de réfugiés bruxellois

Salut à toi,

Je viens du Soudan, du Liban, de Palestine, de Syrie, d’Erythrée, du Nigeria, de Tunisie, …
Je vais te parler d’une facette sombre de la vérité, une parmi d’autres car il y a autant de vérités que d’humains. Mais je te jure qu’elle existe : je la vis, je la sens plus puissante que tout. Et ‘je’ suis nombreux…
Dans mon pays j’ai vécu les discriminations, la dictature politique, de graves problèmes pour les femmes. J’ai vécu la violence, le terrorisme. J’ai vécu la misère. Mais mon pays c’est ma famille, ma terre et avoir toujours un endroit où dormir. J’ai sacrifié tout ça pour la liberté. Je ne l’ai pas trouvée ici.

Je suis arrivé en Europe… I was astonished. Où est la liberté dont vous parlez ? Ici on parle des droits de l’homme partout mais ils sont ‘imaginaires’, parfois j’ai l’impression qu’ils sont juste dans vos têtes… Je vais te dire la vérité : les animaux vivent mieux que moi. Je n’ai aucun droit ici, j’ai même perdu le droit de vivre. Mon ventre est vide, mes poches sont vides. Je dois faire la queue pour tout : pour manger, pour dormir… Attendre encore et encore. J’ai peur de la police tous les jours. Shame to the policemen ! Je n’existe pas à vos yeux pourtant vous me surveillez de toute part.
Every body smiles but there is two kinds of smile : fake smile / real smile. We never know ! C’est une hypocrisie politique totale. L’Europe a profité et profite encore de mon pays : les diamants, le pétrole, les cultures, les entreprises, etc. Laissons l’histoire, je ne suis pas rancunier. On entend ici que les immigrés sont échangés contre des matières premières. Il y a les bons poissons – ceux qui entrainent de l’argent – les mauvais poissons – dont personne ne veut s’occuper… Comment expliques-tu que le gouvernement aujourd’hui renvoie les soudanais dans leur pays alors qu’il reconnait le président comme dictateur ? Ce qui se passe en Belgique se passe aussi ailleurs. C’est comme une pieuvre. C’est très difficile d’échapper à ça : c’est un système organisé au niveau mondial.

Le gouvernement peut-il trouver des solutions ? Ma réponse : NON. Personne n’est intéressé à trouver des solutions à notre problème. Ceux qui ont vraiment réfléchi à la question de l’immigration et de l’asile, on ne les entend pas.

Attention, il faut séparer le gouvernement et les gens. En Belgique beaucoup de gens sont gentils. Les habitants aident, je n’ai pas vu cette mobilisation dans d’autres pays : en Italie, en France, … Ils m’ont offert un petit peu d’humanité, de liberté et de droit. La démocratie vit par en-bas, par le peuple : toi et moi. Il ne faut pas attendre qu’elle vienne d’en-haut : chez toi ou chez moi. Il ne faut pas attendre une révolution ‘imaginaire’.

Voilà tout ce que j’ai envie de dire. Mais moi personne ne va m’écouter. Toi ils vont t’écouter. Si la police vient pendant que nous faisons cette photo collective je serai arrêté. Pas toi. Je dois faire ce que le gouvernement me dit de faire. Je ne peux pas protester. Je vis dans l’urgence, je n’ai pas de vision à long terme. Toi oui tu as cette chance. Aucun système ne m’a jamais défendu depuis que je suis arrivé sur cette terre. Je dois me battre seul. I’m just searching for happiness and peace… Je n’ai pas à me justifier pour ça.

Mais toi si tu acceptes, fais cette photo pour moi. Incarne ce que je ne peux pas dire publiquement, ce que je n’ai pas l’énergie de partager.

 

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