La Foire du Minuit


Chères habitantes, chers habitants de Bruxelles,
du 15 au 20 décembre
LA FOIRE DU MINUIT
s’installe au nord de la Gard du Midi

Une foire au cœur de l’hiver, au nord de l’habituelle Foire du Midi. Une foire pour valoriser les savoir-faire locaux de Molenbeek. Une foire pour se raconter des histoires qui redonnent confiance en nos forces cachées, même en pleine tempête politique !

Trésors faits de nos propres mains,
de notre propre coeur
Savoirs-faire invisibles, oubliés, sous-payés,
mais essentiels à la vie !


AU PROGRAMME

  • Exposition : du lundi 15 au vendredi 19 décembre, de 14h à 19h, au bas de la tour au 65 rue Brunfaut, à Molenbeek
  • Vernissage : le lundi 15 décembre de 16h30 à 19h
  • Fête : le samedi 20 décembre de 13h à 19h à Porte de Ninove & sur le pont à l’arrêt STIB « Triangle »

Exposition de 30 trésors du quartier, faits à la main par les habitant·es *** Contes inspirés de vies réelles *** Ateliers pour enfants et adultes *** Prises de paroles  *** Argent fictif (les euros deviennent des heures !) *** Danses traditionnelles *** Musique *** Repas


UNE ECOLE DE RUE

La Foire se tiendra durant une semaine, pour vous inviter à découvrir un monde imaginaire inspiré de Molenbeek. Nous l’avons créé au fil de rencontres avec des habitant·es, des enfants dans les parcs, des travailleur·euses du social, des groupes associatifs et des jeunes adolescent·es : c’est le monde de la Foret du Minuit.

Depuis deux ans, la Forêt du Minuit apparait dans nos rues pour parler des inégalités d’accès aux ressources à Molenbeek. Nous avons rassemblé des dizaines d’histoires et de savoir-faire et nous construisons petit à petit une école de rue. Une école pour parler de l’accès à la terre et au logement, pour reconnaitre les aliments et les plantes saines que nous voulons donner à nos enfants, pour échanger des savoir-faire qui nous rendent fiers et autonomes, pour valoriser tout le travail de soin invisible souvent fait par les femmes…

Dans cette école tout le monde peut être professeur même ceux qui n’ont pas été à l’école : parce qu’une bonne école, ça change la vie et que nous avons tous des choses à nous transmettre. Dans cette école on fait avec nos mains, et souvent on brode : parce que prendre le temps et faire des choses avec ses doigts, aujourd’hui c’est tellement précieux. Dans cette école on raconte des contes tirés d’histoires vraies du quartier : parce qu’il y a des mots qui cassent, et d’autres qui relèvent.

Et maintenant, l’école s’expose lors d’une foire ! Nous invitons les travailleur·euses, les habitant·es et les associations de Molenbeek et de Bruxelles à venir découvrir nos productions et nos savoirs.

Venez donc découvrir  la Foire du Minuit et ses activités ! Venez nous rencontrer, venez apprendre et nous apprendre ce qui est important pour bien vivre dans cette ville

Nos activités sont gratuites et tout public. Possibilité d’organiser des ateliers avec des groupes sur demande. Nous adaptons nos activités au niveau de français, pas de besoin de bien maîtriser la langue et/ou savoir lire et écrire pour participer.

Des questions ? 
6 rue des Mariniers 1080, Molenbeek-Saint-Jean
minuit@habitants-des-images.be
0490 60 76 80

Avec le soutien de la Commission transversale de la Culture et Éducation permanente de la FWB, Impulsion via la Commune de Molenbeek, et Bruxelles Environnement

Photographies de Denys Schelfhaut

Extraits de l’exposition :

« Bienvenue dans la Forêt du Minuit, au nord de la Gare du Midi Un monde qui apparait quand on se trouve face à une grande colère, tristesse, ou incompréhension
Ici tout est possible pour construire le monde que nous voulons donner à nos enfants
Nous sommes en train d’y construire une école pour tous et toutes
Une fois par année s’y déroule une Foire, pour valoriser les trésors et savoirs-faire locaux »

FAIRE DES CHOSES DE SES PROPRES MAINS
Najat : «Les enfants moi je me demande comment leur transmettre les choses importantes pour vivre. Comment nos grands-parents ont fait pour survivre ? Ils avaient des savoir-faire. Ça se perd. Comment transmettre ? Dans le quartier il y a des gens ils savent encore parce qu’ils viennent de village dans des pays loin par exemple. Il faut prendre soin de ça pour qu’ils transmettent avec les autres. Avant parce qu’on s’ennuyait on apprenait beaucoup de choses. Maintenant il y a internet alors les enfants n’apprennent rien. Quel métier va nous faire vivre plus tard ? C’est pas juste intellectuel la vie.»

ÊTRE AUTONOME
Domithille : «J’ai grandi dans une famille à la campagne en Afrique. On était huit, plus ma mère et mon père. Ma mère elle a cultivé tout. Elle m’a appris, je sais le faire. Elle plantait un nouveau carré de terre pour chaque nouvel enfant. On n’était pas riche, mais on avait quand même de l’autonomie. On avait les moutons et les chèvres. Ici on nous apprend à être dépendants, on a très peu d’espace pour produire nos propres ressources. Moi, j’ai toujours pensé cultiver les légumes. Ça fait du bien de récolter ce qu’on a cultivé. Être autonome c’est important. J’aime bien ça. Apprendre aux enfants à être autonomes et fiers. À cuisiner par eux-mêmes, à planter, à construire des maisons, à nager dans la mer.»

FAIRE UN·E AVEC LA NATURE
Saliha : «Les légumes, les fruits, la viande c’est important qu’on aie tout ça dans notre corps. Toute la nature qu’un animal a, on l’a aussi dans notre corps. Pour l’avenir des enfants parce que ce sont les êtres humains de l’avenir. Nous on a la vie dernière nous. Les plantes font du bien au cœur. C’est prendre la vie qui continue. C’est à nous de transmettre aux enfants et aux petits enfants qu’ils envahissent dehors. Pour qu’ils aient une bonne vie. Tout ça c’est logique c’est l’imagination qui sort des choses importantes. Il faut respirer, avaler mâcher des choses naturelles. C’est différents dans le goût : sur la langue le plaisir c’est important. Mais c’est aussi les vêtements : utiliser de la laine d’animaux naturels.»

EXPLIQUER LES INJUSTICES
Domithille : «Et à l’école, les voyages scolaires c’est cher ! 500 j’ai dû payer pour ma fille. Je lui ai dit :
« On ne peut pas demander une réduction ? » » Elle m’a dit non. Elle voulait pas, elle disait que ce serait la honte, qu’il y aurait que nous qui sommes pauvres comme ça. Moi je dirais aux enfants qu’il faut oser parler des choses dont on n’a pas osé parler : l’argent, l’aide sociale. Ne pas avoir honte, demander de l’aide. Si on n’en parle pas, on peut pas se défendre.»

PARTAGER ET VALORISER LE TRAVAIL INVISIBLE
Khadija : «Je veux bien apprendre nettoyer aux autres. Mais je ne nettoie pas pour les autres !»

Carmen : «Moi en tant que maman j’ai tout fait. Tout. Mais le jour où on veut chercher du travail, on peut en arriver à se dire qu’on ne sait rien faire. Mais c’est faux, on sait faire plein de choses. Et soudain la maman rentre dans sa carapace. Ne pas être valorisée ou écoutée provoque ce retrait, cette très grande tristesse. Mais écoutons. En chacune de nous, on sait presque tout faire. Ces tâches sont essentielles. Elles ne vont pas disparaitre, même avec le téléphone. Ce savoir doit se passer de génération en génération.»

CHANGER LE SENS DU MOT «TRAVAIL»
Yvette : « Même s’il veulent faire travailler les gens jour et nuit, ils doivent se rendre compte que l’humain a besoin de la création. Sinon c’est dangereux. Moi j’ai commencé à travailler 14 ans. Aujourd’hui le gouvernement veut de nouveau nous utiliser comme des boutons : “travaillez, travaillez, travaillez…” L’être humain a d’autres besoins. On a tous besoin d’avoir une place quelque part. C’est essentiel qu’à part le travail qu’ils exigent…. il y a autre chose de plus profond. Tu vois dans le quotidien on dit LE travail. LE. Ce mot devrait être défait. Je vois les lettres autrement que les lettres. Le mot travail est trop propre. C’est un mot qui devrait être disjoncté pour que justement on puisse moins comprendre… et plus comprendre que tout individu a son besoin pour se sentir bien. Bien dans sa peau. Et de là il aura plus de courage pour aller travailler ! Il aura quelque chose qu’il aura envie de faire. Connaitre ce qui nous fait plaisir, c’est une recherche qu’il faut accorder aux gens. Et pas juste travail — maison – GSM. Ce “travail” — là c’est juste un mot pour qu’on soit sage. Mais le travail c’est bien plus.»

SE RACONTER DES HISTOIRES QUI OUVRENT TOUTES LES PORTES DU FUTUR
Soumaya : «Quand j’ai commencé les cours de dessin, c’est comme si j’étais aveugle et qu’on m’avait acheté une paire de nouvelles lunettes. J’ai découvert plein de choses ! Avec l’âge et surtout la pression de la société, on perd la créativité. Les enfants eux ils se lâchent complètement et c’est magnifique la magie de ne pas avoir peur ! On a beaucoup à apprendre des enfants !

Des adultes ont perdu leur boussole. Je crois aux paroles de Jack Sparaw : “Il faut aller là où son cœur veut aller”. Savoir ça, c’est ça la vraie intelligence de la vie. Nous en tant qu’adultes on dit aux jeunes : “On ne peut rien y faire” Non ! Il faut casser ce cercle vicieux, faire attention à ce qu’on dit aux enfants, ne pas leur donner nos souffrances. Il faut qu’ils sachent que tout est possible !

SE SOUTENIR DANS NOS FAMILLES, ENTRE VOISIN·NES !

Vous aussi venez partagez vos savoirs !